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L'Astrée (1733)

L’ASTRÉE DE M. D’URFÉ PASTORALE ALLEGORIQUE , Premiere Partie



L’ASTRÉE
DE M. D’URFÉ
PASTORALE ALLEGORIQUE,
AVEC LA CLE’.
NOUVELLE EDITION,
Où sans toucher ni au fonds ni aux épisodes, en s’est
contenté de corriger le langage &d'abreger
les conversations.
 
TOME PREMIER
 
PREMIERE PARTIE
 
A PARIS,
PIERRE WITTE, rue S. Jacques proche de
S. Yves,à l’Ange Gardien.

  

Chez DIDOT. Quay des Augustins,près du Pont
S. Michel,à la Bible d’or.
 
M. DCC.XXXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roy

Avertissement

Première Partie, illustration

Voici une nouvelle édition de l’Astrée, qui peut être ne déplaira pas au public. On n’a rien négligé pourlui rendre plus agréable la lecture de ce livre, soit en abrégeant quelques conversations trop longues, & par conséquent ennuyeuses, ou même en retouchant l’expression dans les endroits où l’on a jugé qu’elle en avoit besoin.

On n’ignore pas que cet ouvrage a ei illustres censeurs ; les uns ayant blâmé l’érudition qui y est répandue ; les autres, certains incidents qui sont traités à la manière greque. Mais il a eu d’illustres approbateurs. Tels sont M. Camus évéque de Belley, S. François de Sade, M Huet évêque d’Avranches, comme on peut s’en convaincre par la lettre du même Huet, que l’on trouvera à la fin de la cinquiéme partie, avec les éclaicissemens nécessaires pour l’intelligence du roman, que tout le monde sçait être allegorique.

On se contentera de dire ici, après M. Huet, que M. d’Urfé fut lepremier qui tira nos romans de la barberie, & qui les assujettit aux regles, dans son incomparable Astrée : ouvrage le plus ingenieux & le plus poli qui ait jamais paru en ce genre, & qui a terni la gloirs que la Grece, l’Italie, & l’Espagne s’étoient acquise en ce genre.

L’illustre M. Fontenelle qui trouve que les bergers de l’Astrée sont quelquefois des sophistes trop pointilleux, lui rend d’ailleurs justice au même endroit qù il le critique ; mais principalement dans ces vers admirables qui sont presque dans la bouche de tout le monde. 

 

Quand je lis d’Amadis les faits inimitables,
Tant de châteaux forcés,de géans pourfendus,
De chevaliers occis,d’enchanteurs confondus :
Je n’ai point de regret que ce soient là des fables.
Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos

L’Amour occupe seul de plus charmans héros ;
            Où l’Amour seul de leurs destins décide,
Où la sagesse même a l’air si peu rigide,
Qu’on trouve de l’Amour un zelé partisan
Jusque dans Adamas le souverain druide :
Dieux, que je suis fâché que ce soit un roman.

J’irois vous habiter, agréable contrée,  
         Où je croirois que les esprits,
            Et de Celadon & d’A strée
Iroient encore errans, des mêmes feux épris ;
Où le charme secret produit par leur présence
            Feroit sentir à tous les coeurs
Le mépris des vaines grandeurs,
Et les plaisirs de l’innocence.


O rives de Lignon ! O plaines de Forest !
           Lieux consacrés aux amours lesplus tendres,
Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits,
Que n’êtes-vous peuplés d’Hylas, & de Silvandres
Mais pour nous consoler de ne les trouver pas
            Ces Silvandres,& ces Hylas,
Remplissons notre esprit de ces douces chiméres,
Faisons-nous des bergers propres à nous charmer ;
Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer,
            Faisons-nous aussi des bergeres 

Souvent en s’attachant à des fantômes vains,
Notre raison séduite avec plaisir s’égare.
Elle-même jouit des objets qu’elle a feints
Et cette illusion pour quelque temps répare
Le défaut des vrais biens que la nature avare
            N’a pas accordés aux humains.

On croit devoir encore avertir, qu’avant que de se mettre à la lecture de ce roman,il faut lire la lettre de M Huet & les éclaircissemens, que l’on a renvoyés à la fin de la derniere partie ; ce volume n’étant déja que trop gros.

 
Honoré d'Urfé, illustration